Si l'arrêt prononcé le 31 mars par la XIe chambre, condamnant Marine Le Pen à l'inéligibilité, n'en finit pas de faire des vagues, cette affaire qui cristallise les tensions de l'opinion n'est malheureusement pas le seul problème français.
Chacun suppute, en fonction du calendrier judiciaire prévisible, de l'échéance électorale de 2027. Or, s'il existe des échéances certaines, si 2027, par exemple, sera certainement l’occasion de commémorer l’immense Beethoven, mort 200 ans plus tôt, rien ne garantit plus que le deuxième quinquennat entamé en 2022 par Emmanuel Macron parvienne à tenir jusqu'à cette année-là, son terme constitutionnel théorique.
Le calendrier peut voir, à tout moment désormais, la démission de ce président démonétisé. Citons quelques occasions d’embûches inextricables : motion de censure tenant à un fil dans les mois à venir, ouverture d’une nouvelle fenêtre de dissolution possible de l’assemblée nationale, élections municipales désastreuses pour les macroniens, flambée de manifestations de types gilets jaunes, etc. Ceci sans compter les imprévus, face auxquels la fragilité du pouvoir s’annonce probable. L’annonce, ce 27 mars, du départ du secrétaire général de l’Élysée Hubert Kohler recasé dans la finance sonne comme un signe que les rats s’apprêtent à quitter le navire. Désormais démissionnaire, il aura servi comme une doublure le chef de l'État depuis 10 ans. Depuis l'époque de Bercy, directeur de cabinet puis secrétaire général de l'Élysée, il gouvernait la France avec lui. Ce régime a déjà usé 158 ministres en 7 ans.
La situation de l'Europe, le sentiment qu'un nouveau Yalta nous place en étau entre la Russie poutinienne et la défaillance du protectorat des États-Unis, donnent certes à ce président, dépourvu de majorité parlementaire depuis la folle dissolution de 2024, l’occasion de faire semblant d’exister, par des discours, à l’international.
Faire office de majordome à une réunion des 31 alliés de l’Ukraine, prétendre sauver ce malheureux pays en lui promettant une nouvelle aide chiffrée à 2 milliards d’euros, – tirés d’on ne sait trop quel budget d’emprunt, – c’est dira-t-on, jouer un rôle. Mais s’agit-il d’incarner le personnage de Sganarelle, d’Orgon ou, finalement, celui de Tartuffe ?
Quoiqu'il en soit l'échéance se rapproche et le sablier se vide. Il reste, de toutes façons, tout plus 24 mois au président pour réaliser une seule de ses promesses, et pour l'instant le dernier gouvernement qu'il a pu nommer s'empêtre toujours sur le dossier des retraites. Bel exemple des promesses non tenues, des ouvertures avortées. Au départ, la Macronie pouvait sembler ouverte à plus de libre choix et plus de place à l'épargne personnelle et professionnelle... les gouvernements successifs n'ont su produire que le maintien des systèmes rigides et cloisonnés gérés, en fait, par le ministère des Finances et la manipulation de l'âge légal. On n'ose même toujours pas prononcer le mot de capitalisation, pourtant indispensable pour garantir l'assurance-vieillesse, et pour financer la réindustrialisation de notre pays, y compris dans le domaine de la défense.
Parmi tous les bilans désastreux de 7 ans de Macronie, celui de la dette est connu puisqu'il dépasse les 3 300 milliards d'euros, celui du déficit chronique de nos finances publiques avoisinant les 6 % du PIB, etc. Mais on ne rappelle pas assez que la part de l'industrie dans le PIB de la France qui était encore de 11 % à la fin du règne calamiteux de François Hollande, est aujourd'hui de 9 %.
On devrait se souvenir de l'arrivée d'Emmanuel Macron sur le marché électoral en 2016. Il promettait alors une « révolution ». Personne de sérieux ne pouvait y croire, surtout pas l'auteur du manifeste électoral de 270 pages du roi des Enfumeurs annonçant la fondation d'une nouvelle société.
Une ou deux réformettes en tiendront lieu, sans jamais toucher au prétendu « modèle social » français. Car on connaît le mantra : tout doit être fait pour maintenir intact l'héritage des ordonnances de 1945 supposées constitutives, désormais, de l'identité française, postulat ridicule énoncé en Sorbonne par Jacques Chirac en 1995.
Une loi bien connue des révolutions a été formulée par le girondin Vergniaud en 1793 : « la révolution est comme Saturne, elle dévore ses enfants ». Ce personnage, tant soit peu oublié, président de l'Assemblée législative, avait lancé le mot d'ordre « la Patrie en danger » le 11 juillet 1792 et prononcé la suspension du roi le 10 août 1792, prélude à l'arrestation de la famille royale le 13 août. Devenu président de la Convention c'est encore lui, qui avait prononcé, le 20 janvier 1793, le verdict condamnant à mort le roi Louis XVI.
Démonstration vivante de son propre apophtegme, cet acteur de la révolution allait tomber son tour.
Les jacobins guillotinaient leurs victimes. La cinquième république, moins cruelle et on s'en félicite, prive seulement les anciens présidents déchus et faillis de leurs droits civiques.
JG Malliarakis
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